Il faut un village pour élever un enfant bilingue ! par Charles Brasart

La bonne nouvelle, avec le bilinguisme, c’est que la majorité des êtres humains le sont : les gens qui ne parlent qu’une langue sont l’exception sur notre planète. Notre cerveau a évolué pour pouvoir fonctionner dans plusieurs langues sans que cela ne pose de problème. C’est même le contraire : pratiquer régulièrement plusieurs langues est une excellente gymnastique cérébrale, qui favoriserait la pensée abstraite et retarderait même certaines démences liées à l’âge !

La moins bonne nouvelle, c’est qu’un enfant ne devient pas bilingue tout seul. Il a besoin du bon environnement, de la bonne motivation, ainsi que de temps, de soutien et d’attention. Un enfant qui grandit dans un milieu bilingue a deux fois plus d’information linguistique à intégrer que les autres enfants : deux fois plus de vocabulaire, deux fois plus de règles de grammaire, et d’autres dimensions qu’il est extrêmement important de maîtriser, comme savoir à qui parler quelle langue, par exemple.

C’est pour cette raison que les enfants bilingues maîtrisent en général le langage plus tardivement que les monolingues : parce qu’ils ont beaucoup plus de choses à apprendre, et parfois dans des contextes, comme en France, qui ne s’y prêtent pas toujours.

Le contexte d’apprentissage est d’une importance cruciale.

Très souvent, les enfants développent un bilinguisme qui n’est pas tout à fait équilibré, ce qui n’est absolument pas grave en soi, à condition que le déséquilibre ne devienne pas trop prononcé.

Un enfant qui grandit en France et ne parle anglais qu’avec Papa, par exemple, aura naturellement moins d’occasions d’entendre et de pratiquer l’anglais que le français. Il faut donc créer le plus d’opportunités possibles d’entendre et de parler les deux langues, car un enfant ne deviendra pas bilingue artificiellement.

Photo by pan xiaozhen on Unsplash

Pourquoi les enfants acquièrent-ils le langage de ceux qui les entourent ?

Parce qu’ils ressentent un profond besoin de communiquer avec eux. Pourquoi feraient-ils des efforts supplémentaires pour apprendre une autre langue, s’ils parviennent à se faire comprendre dans la première ? Heureusement, alors que les adultes qui veulent apprendre une langue doivent souvent mémoriser des listes de vocabulaires et des dizaines de règles de grammaire, les enfants, eux, acquièrent le langage plus qu’ils ne l’apprennent : s’ils sont suffisamment exposés à une langue, ils se l’approprient tous seuls, comme par osmose, même si tout n’est pas toujours évident.

Parfois, on est frustré de ne pas connaître un mot, ou de découvrir qu’il n’a pas de traduction dans l’autre langue, ou bien on se fatigue, ou on n’a pas envie de parler anglais à Maman qui fait comme si elle ne comprenait pas le français alors qu’on sait très bien qu’elle le parle avec Papa… Dans ces moments-là, il ne faut pas se laisser décourager : l’acquisition du langage est une affaire de longue haleine, et le bilinguisme ne doit pas être une corvée, mais un jeu pour les parents et les enfants. Un jeu qui en vaut la chandelle !

Attention et exposition : voilà deux maîtres-mots dans le développement du bilinguisme.

 

A propos de l’auteur:

Charles Brasart est Maître de Conférences en linguistique à l’Université de Nantes et spécialiste du bilinguisme. Il est l’auteur de L’essentiel de la grammaire anglaise (2015) des éditions Armand Colin et de You Talkin’ To Me? Améliorez votre prononciation de l’anglais américain (2017) des éditions de l’École Polytechnique.

2 Commentaires sur “Il faut un village pour élever un enfant bilingue ! par Charles Brasart

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